Comment lutter contre la désinformation et les fausses informations ?

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Introduction

Grâce aux réseaux sociaux et aux chatbots basés sur l’intelligence artificielle, les gens ont un accès plus large que jamais à l’information et sont plus connectés les uns aux autres. Malheureusement, cette évolution s’accompagne d’une recrudescence de la mésinformation, de la désinformation et des informations erronées. La mésinformation et la désinformation ont affecté la capacité des sociétés à agir sur des questions telles que la santé, le changement climatique, la démocratie, etc. Elles ont même touché le secteur agricole, où les informations relatives aux organismes génétiquement modifiés (OGM), aux engrais et pesticides biologiques ou chimiques, ainsi qu'à d'autres pratiques, peuvent être déformées, mal présentées ou inventées de toutes pièces.

En tant que professionnels des médias et de la communication, il est important d'être conscient de l'existence de la mésinformation et de la désinformation, de lutter contre celles-ci et de veiller à ce que votre public soit bien informé. Les médias traditionnels et les nouveaux médias doivent collaborer pour créer des environnements d'information de qualité et renforcer la confiance dans les institutions.

En quoi la compréhension de la désinformation peut-elle m’aider à mieux servir mon public ?

  • Votre public mérite d’accéder à des informations fiables pour prendre les bonnes décisions concernant sa vie et ses moyens de subsistance. En comprenant mieux la désinformation, vous serez mieux à même d’y faire face.
  • Différentes stratégies s’avèrent utiles selon le contexte, le type de désinformation, la situation ou le sujet du mythe, ainsi que la plateforme utilisée.

En quoi la compréhension de la désinformation peut-elle m’aider à produire de meilleures émissions ?

  • En comprenant et en combattant la désinformation, vous gagnerez davantage la confiance du public.
  • En vous imposant comme un communicant de confiance, vous élargirez votre audience, attirerez davantage de bailleurs de fonds et d’annonceurs, et il vous sera plus facile de collaborer avec des invités experts.

Par où commencer ?

  • Comprendre la désinformation.
  • Comment identifier et vérifier
  • Que faire
    • Évitez de répéter des informations erronées sans les corriger.
    • Réfléchissez à la manière de traiter les fausses informations, les mythes et les rumeurs.
    • Instaurer la confiance.
    • Permettez aux gens de remettre en question les informations.
    • Collaborez pour comprendre et limiter la propagation des fausses informations et de la désinformation
    • Promouvoir les bonnes pratiques

Details

1. Comprendre la désinformation

Voici quelques définitions

  • Mésinformation : information fausse ou inexacte partagée par inadvertance, sans intention de tromper ou de nuire.
  • Désinformation : information fausse diffusée intentionnellement dans le but d'induire en erreur. Déformation intentionnelle des faits.
  • Malinformation : Information fondée sur des faits réels, mais utilisée ou diffusée pour nuire, notamment par décontextualisation, divulgation ou manipulation.
  • Mythe : croyance ou idée fausse largement répandue.
  • Idée fausse : idée, croyance ou opinion erronée fondée sur un raisonnement erroné, des informations inexactes ou un raisonnement bancal.
  • Rumeur : histoire ou information non vérifiée qui circule rapidement par le bouche-à-oreille sans preuve concrète.
  • Théorie du complot : croyance ou explication attribuant la cause d’un événement ou d’une situation importante à un complot secret, souvent malveillant, orchestré par un groupe puissant.
  • Satire : messages humoristiques manifestement faux qui utilisent l’humour pour critiquer la bêtise, la corruption ou les dysfonctionnements de la société ou des institutions. Elle vise à susciter l'esprit critique, à remettre en question l'autorité et à promouvoir un changement positif. La satire ne relève pas de la désinformation, mais elle est mentionnée ici au cas où elle serait confondue avec celle-ci.

Pour un radiodiffuseur, il n’est pas toujours nécessaire de déterminer l’intention de la personne qui partage une information. La priorité est d’évaluer la fiabilité de l’information, son potentiel de nuisance et la réponse éditoriale appropriée.

Comment et pourquoi la désinformation se propage-t-elle ?
Les gens sont plus enclins à partager de la désinformation lorsqu'elle correspond à leur identité personnelle ou aux normes sociales, lorsqu'elle est nouvelle et lorsqu'elle suscite des émotions fortes. Les émotions fortes peuvent également influencer la propagation de la désinformation, car les gens ont tendance à mal se souvenir des événements ou à exagérer les informations.

Pour plus d'informations: How and why does misinformation spread? American Psychological Association. 1 March 2024. https://www.apa.org/topics/journalism-facts/how-why-misinformation-spreads

Une fausse information peut également être une information incomplète. Par exemple, si un agriculteur partage les étapes de fabrication et d’application d’un engrais biologique, mais en omet une ou fournit des informations inexactes, ses confrères agiront sur la base d'une fausse information.

Les gens ne remettent pas en question les informations provenant d’une source fiable et crédible, qu’il s’agisse des médias traditionnels, d’amis, de la famille, de voisins ou même de contacts sur les réseaux sociaux. Le partage d’informations crée un sentiment d’appartenance et les gens peuvent ainsi contribuer involontairement à la propagation de fausses informations.

Il n’est pas nécessaire de croire à une fausse information pour la diffuser. Les gens peuvent partager des informations qu’ils savent fausses pour afficher leur affiliation politique, dénigrer des adversaires présumés ou obtenir des récompenses sociales. Tout cela fait partie de la désinformation.

La désinformation se propage différemment selon les plateformes. Les médias traditionnels et grand public disposent généralement de mécanismes de protection plus solides, comme des pratiques et des politiques éditoriales, pour prévenir et corriger les fausses allégations. Les fonctionnalités des plateformes de réseaux sociaux encouragent en revanche le partage de contenus viraux avec peu de contrôle. La publication rapide et le partage entre utilisateurs permettent à chacun de diffuser rapidement des informations auprès d’un large public. De plus, les algorithmes des réseaux sociaux sélectionnent les contenus à présenter aux utilisateurs afin de maintenir un niveau d'engagement élevé ; en général, ils favorisent les contenus qui suscitent des émotions négatives telles que la colère et l'indignation.

La désinformation, ou rumeur, peut également se propager par le bouche-à-oreille, ce qui constitue certes une voie plus lente, mais qui réduit d'autant les possibilités de remettre en question ces informations ou de vérifier leur véracité. D'autant que la désinformation se propage souvent lorsqu'elle correspond à notre identité personnelle et aux normes sociales.

Égalité des genres et l’inclusion

La désinformation et les fausses informations n’affectent pas tous les groupes de la même manière. Les femmes, les jeunes, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les locuteurs de langues minoritaires et les populations rurales marginalisées sont souvent confrontés à un accès inégal à des informations fiables, ainsi qu'à des obstacles liés à l'alphabétisation, à la langue, à la technologie ou à la mobilité. Ils sont également soumis à des normes sociales qui limitent leur participation au débat public et sont davantage exposés à des rumeurs préjudiciables. Lutter contre la désinformation et les fausses informations est une question de justice liée aux droits, au pouvoir et à l’accès équitable à l’information.

Comment identifier et vérifier les fausses informations ?

Nous avons publié un guide pratique sur les fausses informations, qui contient de nombreux conseils utiles. Points clés :

  • Vérifiez la qualité. Une ponctuation excessive et une mise en page étrange peuvent être des indices laissant penser qu’il s’agit d’une « fausse information ».
  • Le titre correspond-il au contenu de l’article ? Le titre peut susciter une réaction émotionnelle que le contenu de l’article ne justifie pas.
  • Faites preuve d’esprit critique. Demandez-vous si la personne qui partage ces informations a un motif pour le faire. Il arrive parfois que les opinions, les convictions politiques et les alertes de sécurité soient confondues. Faites preuve de discernement quant à la source et au contexte (sur quelle plateforme de réseaux sociaux s’agit-il ? S’agit-il d’une réaction à quelque chose ? Qui partage cette information ?).
  • Reconnaissez-vous la source ? Lisez la rubrique « À propos » du site. Quels autres contenus a-t-elle publiés ? Effectuez une recherche sur Google concernant la personne qui partage la publication.
  • Qui d’autre relaie cette information ? Recoupez les affirmations et les actualités sur les réseaux sociaux. Vous pouvez utiliser des plateformes comme TweetDeck pour rechercher et afficher des publications provenant de diverses sources. Cela peut vous aider à identifier les informations de dernière minute, mais assurez-vous de les vérifier auprès d’une source fiable avant de les partager vous-même. Cela peut impliquer d’appeler une source pour obtenir confirmation, plutôt que d’attendre qu’elle publie sa propre publication ou son communiqué de presse.
  • Vérifiez les faits. Recoupez les citations et les informations auprès de sources fiables, d’autorités compétentes, mais aussi de sites de vérification des faits tels qu’Africacheck.org et Snopes.com. Gardez à l’esprit que les contenus générés par l’IA, y compris ceux provenant de ChatGPT et de programmes similaires, peuvent être inexacts ou faux. Il est toujours préférable de vérifier les faits auprès d’une personne, mais si vous effectuez une vérification en ligne, privilégiez les sites web de sources fiables, comme les centres de recherche, les ONG, les organisations internationales, les gouvernements, etc. Consultez l’Africa Facts Network pour découvrir d’autres organisations locales de vérification des faits : https://africacheck.org/africa-facts-network

    Si vous rapportez des citations attribuées à une personnalité célèbre, demandez-vous si elles correspondent aux déclarations qu’elle a faites par le passé. Essayez de trouver une autre organisation réputée qui rapporte cette information.

  • Vérifiez les dates et analysez l’image : Il arrive que des personnes partagent à nouveau d’anciens articles, vidéos et photos, allant même jusqu’à prétendre qu’ils sont d’actualité. Certains comptes en ligne existent simplement pour « récupérer » du contenu provenant d’autres comptes et le partager comme s’il s’agissait du leur. Ils peuvent notamment partager la vidéo d’un événement tout en affirmant qu’elle provient d’un autre. Cela peut compliquer la vérification des faits. Mais en examinant les types de contenus qu’un compte partage, on voit souvent clairement s’il s’agit d’une personne locale digne de confiance ou d’un bot ou d’un compte de spam qui republie du contenu. Vous pouvez également effectuer une recherche d'image inversée pour voir quand l'image a été publiée pour la première fois en ligne ou analyser la photo ou la vidéo à la recherche d'incohérences et d'indices sur le lieu, la date, les personnes concernées ou le contexte réel de la vidéo ou de l'image.
  • Vérifier à travers les images existantes : Dans la mesure du possible, demandez une vérification par photo ou vidéo. De plus en plus de vidéos sont tournées de nos jours, et bien que les témoignages oculaires puissent manquer de fiabilité, une vidéo peut aider à montrer la réalité.
    • Examinez la vidéo ou l’image à la recherche de filigranes identifiant des outils d’’intelligence artificielle tels que Veo, Synthesia, etc. Recherchez également des mains ou des mouvements de mains, des yeux ou des bouches qui semblent peu naturels, car ces éléments sont souvent plus difficiles à simuler pour l’intelligence artificielle. Le texte peut également être un indice révélateur, car il s’agit souvent d’un charabia dans les contenus générés par l’intelligence artificielle.
    • Essayez de remonter jusqu’au média et au journaliste pour vérifier leur authenticité.
    • Outils permettant d’identifier les fausses images : https://gijn.org/resource/four-quick-ways-to-verify-images-on-a-smartphone/
    • Outils permettant d’identifier les images générées par l’intelligence artificielle
      www.zerogpt.com/ai-image-detector
      www.isthisai.com

Pour ceux ou celles qui ont un accès limité à l’internent, vous pouvez vérifier auprès de :

  • service technique compétent ;
  • agent de santé ;
  • service agricole ;
  • autorité administrative compétente ;
  • chercheur ou universitaire ;
  • organisation spécialisée ;
  • personne directement concernée ;
  • correspondant local ;
  • autre média fiable ;
  • document officiel ;
  • plusieurs témoins indépendants.

Faites preuve de bon sens. Si quelque chose semble invraisemblable, c'est probablement le cas. Approfondissez donc vos recherches, discutez avec davantage de personnes et essayez de découvrir toute la vérité. N'oubliez pas non plus qu'une histoire qui correspond à votre propre point de vue n'est pas pour autant vraie.

3. Que faire ?

A) Évitez de répéter des informations erronées sans les corriger

Il peut arriver que vous souhaitiez signaler à votre public qu'une rumeur, un mythe, une idée fausse ou une fausse information circule. Il est préférable d'en parler de manière vague plutôt que de donner des détails précis ou de répéter la rumeur. Il est important de fournir ensuite des informations exactes. Voici un exemple :

« Chers auditeurs, vous avez peut-être entendu des rumeurs concernant ______. C’est un sujet important, et il est essentiel que vous disposiez des bonnes informations. J’ai obtenu ces informations de la part de ____ (précisez votre source : un expert, des données scientifiques, etc.) ___ et la réalité est la suivante : _____.

Une exception pourrait concerner les influenceurs sur les réseaux sociaux qui démystifient les fausses informations en s'appuyant sur leur expertise. Si vous êtes un expert dans un domaine particulier et que c’est votre domaine d’influence (par exemple, un nutritionniste qui a constitué une communauté en proposant de bons conseils nutritionnels), vous souhaiterez peut-être republier la vidéo originale et « réagir » en apportant les informations exactes. Pour ce faire, mettez la vidéo originale en pause, puis relancez-la et insérez votre commentaire entre les deux. Essayez de fournir des sources et des explications pour vos contre-informations, afin que le public comprenne pourquoi il devrait davantage vous faire confiance qu’à la vidéo d’origine. Vous pouvez par exemple ajouter des liens vers des études scientifiques, en précisant la taille de la population étudiée, l’organisme qui a financé l’étude et le degré de fiabilité des résultats. Vous pouvez également souligner la manière dont l’auteur de la publication originale utilise des émotions fortes, telles que la peur ou la colère, pour toucher son public, plutôt que des faits ou des exemples qui étayent son argumentation.

Il peut arriver que vous partagiez accidentellement une rumeur en la croyant vraie. Ce risque est particulièrement élevé en cas de conflit ou de situation d’urgence, lorsque la pression est forte pour partager rapidement des informations, car beaucoup les reçoivent déjà via les réseaux sociaux, mais qu’il y a peu d’informations vérifiables. Les communicants doivent s'appuyer sur de bons processus de vérification, dans la mesure du possible, en s'efforçant de recueillir des informations auprès de plusieurs sources indépendantes, fiables et vérifiables avant de les partager. Il peut toutefois arriver que des informations erronées soient partagées. Les communicants doivent aborder ces fausses informations et les corriger dès que possible, en présentant leurs excuses à leur public afin de rétablir la confiance.

Il peut également arriver que vous diffusiez accidentellement des informations erronées parce qu’une source vous a fourni des renseignements incomplets. Par exemple, si une personne interviewée décrit les étapes de fabrication d’un pesticide maison et affirme qu’il est possible de pulvériser le produit sur les feuilles et de les consommer le lendemain sans danger. Il est alors toujours judicieux de vérifier ce genre d’affirmations auprès d’experts agricoles. Il est donc préférable, dans la mesure du possible, de consulter un expert avant de diffuser ces informations. Si ce n'est pas possible, vérifiez les faits a posteriori et informez votre public si l'information s'avère fausse. Si vous découvrez qu’une information est dangereuse ou erronée après sa diffusion, vous pouvez inviter un expert à intervenir dans votre émission ou sur votre chaîne pour un entretien séparé, afin de clarifier ces informations et d’expliquer les mesures à prendre pour garantir la sécurité. Vous pouvez également corriger les informations partagées dans un épisode précédent, dans l’introduction de votre épisode. Si vous publiez du contenu en ligne, mettez à jour la version web et indiquez en haut ou en bas de l’article que des modifications ont été apportées. Par exemple, écrivez : « Une version précédente de cet article indiquait que ce pesticide pouvait être consommé sans danger. Cette information a été mise à jour. »

Que faire lorsqu’une rumeur arrive dans votre groupe WhatsApp ?
Les groupes WhatsApp peuvent être un moyen utile pour écouter le public et repérer rapidement des rumeurs ou des informations qui suscitent des interrogations. Lorsqu’une information douteuse est partagée, ne la relayez pas immédiatement. Suivez quelques étapes simples :

  1. Ne pas transférer immédiatement l’information : Évitez de contribuer à sa propagation avant d’avoir vérifié son contenu même "pour demander si c’est vrai".
  2. Évitez les réactions émotionnelles : « C’est n’importe quoi ! » ou « Qui a dit ça ?’» qui attirent l’attention sur la rumeur.
  3. Identifier précisément l’affirmation : Déterminez ce qui est exactement affirmé et ce qui doit être vérifié.
  4. Demander l’origine du contenu si nécessaire : Lorsque cela est utile, demandez à la personne qui a partagé l’information d’où elle provient.
  5. Vérifier l’information : Recoupez-la auprès de sources fiables et pertinentes pour le sujet.
  6. Informer le groupe du résultat de la vérification : Si l’information est fausse, trompeuse ou non confirmée et qu’elle mérite une réponse, apportez une clarification claire et compréhensible.
  7. Donner la source : Indiquez, lorsque cela est possible, la source qui a permis de vérifier l’information afin que les membres puissent comprendre sur quoi repose la clarification.
  8. Ne pas humilier la personne qui a partagé l’information : Corrigez l’information sans attaquer ou ridiculiser la personne. Elle peut avoir partagé le contenu de bonne foi.
  9. Si nécessaire, transformer la question en sujet d’émission : Une rumeur qui suscite de nombreuses questions ou révèle une préoccupation importante peut constituer un point de départ pour une émission, une interview ou une séquence de sensibilisation.

Cette démarche permet à la radio de vérifier les informations avant de les relayer, de préserver la confiance du public et de transformer, lorsque cela est pertinent, les rumeurs en occasions de mieux informer et d’approfondir les préoccupations du public.

B) Réfléchissez à la manière de lutter contre la désinformation, les mythes et les rumeurs

Si vous savez que de fausses informations circulent au sein de la communauté sur un sujet donné, vous pouvez choisir d'intervenir. Ce phénomène est fréquent en situation d'urgence, lorsque la peur et l'incertitude sont élevées. Se contenter de dénoncer le contenu de la rumeur ou de la fausse information, ou les personnes qui la diffusent, pourrait amener ces groupes à se méfier de vous. Il peut être préférable de :

  • partager des informations exactes;
  • souligner les éléments de la rumeur qui contredisent les faits provenant de sources fiables ;
  • faire transmettre des informations exactes par une source de confiance. Il peut s'agir d'une autorité, d'un expert, d'un responsable local, d'un influenceur sur les réseaux sociaux, etc. ;
  • reconnaître les sources de peur et de colère susceptibles d’alimenter la méfiance, puis, avec les responsables communautaires, tenter de rétablir la confiance.

Vous pouvez consulter le travail des organismes de vérification des faits et partager leurs sources et leurs analyses. Consultez le site Africa Facts Network pour savoir qui est actif dans votre région : https://africacheck.org/africa-facts-network

Il est judicieux d’essayer de partager autant d’informations précises que possible afin que les gens aient accès à des informations fiables.

Les gens sont plus enclins à croire et à faire confiance à des informations si celles-ci proviennent de sources « internes » plutôt qu’ « externes », c’est-à-dire si elles émanent de personnes qui leur ressemblent, de leur communauté, etc., plutôt que d’inconnus, de sources étrangères ou de textes hautement savants. Cela vaut aussi bien pour la désinformation que pour les informations véridiques. Les gens sont plus enclins à croire des affirmations fausses qui font appel à des émotions négatives, telles que la peur ou l'indignation, ou qui présentent les adversaires sous un jour défavorable. Et plus la désinformation est répétée, plus elle semble vraie. C'est pourquoi il est important de partager des informations fiables et de réfléchir à la manière dont elles sont présentées dans vos médias :

  • Les influenceurs locaux, tels que les chefs religieux ou culturels, sont des sources de confiance et peuvent se révéler plus convaincants. Par exemple, le pasteur Kambou Davila a estimé qu’il était important de parler du vaccin contre la COVID-19 afin de protéger son entourage.
  • Les célébrités, notamment les musiciens, peuvent exercer une grande influence, en particulier auprès des jeunes. Par exemple, l’artiste de hip-hop populaire The Diktator (anglais) a ainsi eu un impact considérable sur la santé mentale au sein de sa communauté au Malawi.
  • Montrer des personnes réelles confrontées à la réalité peut également replacer les choses dans leur contexte et créer un lien émotionnel. Lisez par exemple l’histoire de Ketema Wako, qui était réticent à se faire vacciner contre la COVID-19 jusqu’à ce qu’il entende des agriculteurs s’exprimer à la radio. Barza Wire a publié ce récit sur un patient atteint de la COVID-19 afin d’encourager ce type de prise de conscience.

C) Instaurer la confiance

Si vous avez l’impression que la sphère politique de votre région est de plus en plus divisée, il peut être judicieux d’apaiser ces tensions en mettant en avant les points communs entre les gens. Il y en a souvent plus qu’il n’y paraît. De nombreuses personnes partagent des valeurs fondamentales similaires, même si leurs priorités peuvent différer.

Il est essentiel d'instaurer la confiance entre les groupes, ainsi qu'entre les personnes et les institutions. Certains mythes persistent en raison de la méfiance envers certaines institutions ou certains acteurs. L’histoire de l’intervention internationale en République démocratique du Congo, marquée par l’exploitation, l’insécurité et la négligence, a par exemple contribué à alimenter la méfiance, la désinformation et la réticence à agir face à l’épidémie d’Ébola de 2026. Les médias et les communicants peuvent contribuer à renforcer la confiance envers les autorités et les organismes en mettant en avant leurs efforts pour soutenir la communauté, mais aussi en donnant la parole à ces derniers pour qu'ils expliquent les motivations qui sous-tendent ce soutien. Ils peuvent également inviter des dirigeants locaux à exprimer leur confiance envers ces autorités extérieures. Montrer l’impact de la situation d’urgence sur des personnes réelles et évoquer les conséquences de l’action ou de l’inaction peut aider votre public à prendre conscience de la réalité et à décider des mesures à prendre.

La confiance est un capital éditorial. Elle se construit par la rigueur, la transparence, l'écoute du public, la reconnaissance des erreurs et la constance dans les pratiques de vérification. Un.e journaliste ou communicateur.trice de confiance doit savoir dire :« Nous nous sommes trompés. Voici ce que nous avons vérifié depuis et voici la correction. »

D) Permettre au public de remettre en question les informations reçues

Encouragez votre public à remettre en question les informations qu’il a reçues. Cela favorisera une meilleure éducation aux médias et à l’information. Mettez en place un espace interactif dans lequel les membres du public peuvent partager leurs opinions, leurs expériences, leurs préoccupations et leurs conseils sur un sujet donné. Vous pourrez ainsi démasquer d'éventuelles fausses informations ou désinformations sur un sujet, et corriger ces informations erronées, soit vous-même, soit avec l'aide d'un expert en la matière. Il s'agit d'une conversation dans laquelle chacun se sent écouté et qui encourage les gens à faire preuve d'ouverture d'esprit. Cela doit également permettre de diffuser des informations fiables et, le cas échéant, d'aider les gens à identifier ce qui relève de la désinformation. Cela peut également se faire par le biais d'une section de commentaires sur les sites Internet et les réseaux sociaux, à condition qu'un article ou une publication de suivi aborde la désinformation et diffuse des informations fiables.

Aidez votre public à comprendre comment déterminer si une affirmation est fausse. Partagez les conseils de notre guide pratique sur les fausses nouvelles et invitez des intervenants spécialisés dans la désinformation, la mésinformation ou la vérification des faits à s’exprimer dans votre émission.

E) Collaborez pour comprendre et réduire la propagation de la désinformation et des fausses informations.

Sur les réseaux sociaux, la plupart des fausses informations sont diffusées par un petit nombre d’utilisateurs. De plus, les « chambres d’écho » des réseaux sociaux isolent les personnes partageant des convictions similaires au sein d’une communauté où les mensonges se propagent. Il est parfois possible de signaler ces individus et ces communautés aux plateformes de réseaux sociaux afin d’enrayer la propagation de ces contenues.

Des groupes communautaires sont souvent actifs dans la traque des rumeurs et des fausses informations. Contactez les organismes d’intervention d’urgence de votre communauté pour savoir comment votre média peut contribuer à la surveillance des rumeurs. Cela peut également vous aider à tisser des liens qui s'avéreront essentiels pour accéder à des informations fiables en cas d'urgence.

Vous pouvez peut-être contribuer à recueillir des rumeurs grâce à des formats favorisant l’engagement des auditeurs, comme les micros-trottoirs, les rubriques d’appels à la radio, ou encore la section des commentaires sur les blogs, les sites web et les réseaux sociaux. Signalez toute tendance aux organismes d’intervention d’urgence. Mais si vous relayez des rumeurs, même dans le cadre d'un exercice de collecte d'informations, veillez à préciser qu'il s'agit bien de rumeurs. Essayez de diffuser les informations fiables dont vous disposez, encouragez les gens à remettre en question ces rumeurs et engagez-vous à les vérifier et à les clarifier.

F) Promouvoir les bonnes pratiques

Beaucoup de gens ont des croyances erronées parce qu’ils sont mal informés, et non pas désinformés. Il y a donc toujours un besoin de disposer de davantage d'informations fiables. Proposez du contenu bien documenté dans votre domaine et mettez en avant des pratiques bénéfiques pour votre public. Cela ne signifie pas que vous devez uniquement mettre en avant les avantages de ces pratiques ; vous devez également aborder les défis et les inconvénients pour offrir à votre public une vision complète de la situation. Une telle transparence vous permettra d'instaurer la confiance avec votre public, ce qui l'encouragera à croire les informations que vous partagez plutôt que les fausses informations trouvées sur d'autres plateformes.

Indiquez clairement la source de vos informations. Assurez-vous que les informations que vous partagez sont fondées sur des faits et s’appuient sur des recherches rigoureuses. Consultez plusieurs spécialistes du sujet et tenez compte de leur expertise, de leur expérience et de leur formation, ainsi que de celle des sites web que vous consultez pour vos recherches. Assurez-vous que leur parcours corresponde au sujet abordé : si vous traitez de nutrition, consultez un expert en santé ou en nutrition. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille se fier uniquement aux universitaires, car de nombreuses personnes possèdent une expérience de vie qui peut apporter une grande valeur ajoutée. Cependant, vérifiez et recoupez les informations pour vous assurer que ce que vous partagez est correct et contient toutes les étapes ou informations nécessaires pour votre public.

Lors de la préparation d'une émission ou d'un article, tenez compte de la diversité des expériences des membres de votre communauté, ainsi que des questions qu'ils pourraient se poser ou des informations dont ils pourraient avoir besoin. Cela inclut les femmes, les jeunes, les personnes en situation de handicap et d'autres groupes marginalisés, qui peuvent avoir des expériences et des expertises différentes. Pensez à inviter des experts capables de parler de ces expériences et de refléter la diversité de votre public.

Conclusion

La confiance est essentielle pour les médias et les communicants. Il est important d'instaurer un climat de confiance avec votre public et de tout mettre en œuvre pour le préserver. Dans de nombreux endroits, notamment dans les pays du Nord, la confiance dans les médias d'information est en déclin. Les sources diffusant des informations erronées ou de la désinformation prétendent souvent révéler des vérités que les médias traditionnels refuseraient de reconnaître. Les publics se montrent souvent sceptiques, estimant que les médias sont partisans et ne présentent qu’une partie de la réalité. Cette méfiance conduit les publics à ignorer les informations fiables ou à ne pas agir en conséquence.

Il est essentiel que les médias et les communicants contribuent également à renforcer la confiance dans les institutions démocratiques. Cela permettra de favoriser un climat de confiance, de collaboration et de cohésion sociale, des qualités essentielles alors que, dans de nombreux endroits, la partisanerie et la méfiance divisent les populations. Comme les gens ont tendance à faire confiance aux informations qui correspondent à leur propre point de vue, à leur identité et à leurs normes sociales, une société plus divisée et méfiante laisse davantage de place aux rumeurs, à la désinformation et même à la mésinformation pour se développer, être partagées et acceptées.

En instaurant la confiance avec votre public, vous pourrez élargir votre audience. Vous pourrez également développer votre réseau d'experts et de sources disposés à s'exprimer auprès de vous, ainsi que celui des organisations et des entreprises souhaitant investir dans votre contenu. En renforçant la confiance dans les institutions de votre communauté et de votre société, vous contribuerez à construire une communauté saine et épanouie.

Sources d'information

  1. 8 recommandations pour lutter contre la désinformation. American Psychological Association. 1er mars 2024. https://www.apa.org/topics/journalism-facts/misinformation-recommendations
  2. Altay, Sacha. Rethinking the problem of misinformation and its solutions. New Media & Society. 2026
  3. Fausses nouvelles : Comment les reconnaître et que faire pour y remédier. Radios Rurales Internationales. 6 mai 2020. https://training.farmradio.fm/fr/fausses-nouvelles-comment-les-reconnaitre-et-que-faire-pour-y-remedier/
  4. How and why does misinformation spread? American Psychological Association. 1er mars 2024.https://www.apa.org/topics/journalism-facts/how-why-misinformation-spreads
  5. Silverman, Craig. Verification Handbook: An Ultimate Guideline on Digital Age Sourcing for Emergency Coverage. 2016. https://verificationhandbook.com/
  6. Silverman, Craig. Verification Handbook: For disinformation and media manipulation. European Journalism Centre. https://datajournalism.com/read/handbook/verification-3
  7. Plus d’informations

    1. Éducation aux médias et à l'information : une boîte à outils multimédia pour les médias. UNESCO
    https://www.unesco.org/fr/media-information-literacy

    2. MOOC: Think Critically, Click Wisely: Media and Information Literacy in the next normal. UNESCO.
    https://www.unesco.org/mil4teachers/en/moocs

    3. DW Fact check : https://www.dw.com/en/fact-check/t-56584214

    4. Outils de vérification des faits de Google : https://toolbox.google.com/factcheck/explorer/search/list:recent;hl=en

    5. Africa Check
    https://africacheck.org/

    6. Africa Facts Network
    https://africacheck.org/africa-facts-network

    7. Climate Action Against Disinformation
    https://caad.info/

    8. Global South Climate Database
    https://interactive.carbonbrief.org/gscd/index.html

Remerciements

Rédigé par Kathryn Burnham, responsable des ressources radio chez Radios Rurales Internationales.

Radios Rurales Internationales est membre de l'Alliance de l'UNESCO pour l'éducation aux médias et à l'information.